Le prédateur

Posté par canelle49 le 22 mai 2012

 

Merci à Binicaise pour cette photo qui m’a offert l’opportunité d’écrire cette tragédie, vécue par celle qui est devenue une maman et une femme, enfin libérée de son lourd secret.

 

Le prédateur  Foto-3ETNJ8P4

 

 

 

Ses pas l’emmenaient inexorablement près de l’eau. Elle était fascinée par les vagues qui venaient mourir sur la sable.

 

Elle revenait dans son passé dont elle n’avait pas encore fait le deuil. Sa gorge devenait brûlante en pensant à cet homme qui ne lui avait laissé aucune chance. Elle se souvenait de son souffle chaud tout contre sa bouche et de ses mains qui la maintenait avec force, elle avait beau crier et se débattre, il n’avait fait qu’une bouchée de sa petite taille et elle n’avait pas encore réalisé combien elle pouvait se sentir coupable d’avoir suivi celui en qui elle avait toute confiance.

 

Comment avait-il pu devenir ce prédateur, il était pourtant si gentil avec elle et venait si souvent chez ses parents. Sa mère l’avait choisi pour être son parrain et comment aurait-elle pu penser qu’un jour tout basculerait.

 

Elle n’avait jamais parlé à personne de ce terrible drame, je l’ai rencontrée, il y a bien des années. Il a fallu du temps et un jour qu’elle me parlait de son passé , elle s’est écroulée dans mes bras et m’a tout raconté.

 

Je ne savais que dire, c’était terrible pour moi d’apprendre ce qui lui était arrivé et j’ai compris ce jour-là que je me devais de la soutenir du mieux que je pouvais en lui conseillant de parler, oser dire qui était en réalité ce vieillard bien sous tous rapports, oser dire qu’il pouvait être un monstre.

 

Devant la mer, elle venait de prendre sa décision, pourquoi aurait-elle dû mourir pour un crime qu’elle n’avait pas commis, pourquoi ne pas se battre au contraire pour expliquer pourquoi elle n’avait jamais pu faire sa vie avec un homme et que chaque fois qu’elle aimait, son amour finissait mal, parce qu’elle ne supportait pas qu’un homme pose ses mains sur elle.

 

Elle devait surpasser sa honte, elle n’avait pas à avoir honte, elle n’était qu’une enfant, lui était l’adulte et lui seul était responsable de ce crime. Son secret, si lourd à porter, dont je voulais la délester en lui conseillant de parler, devenait tout à coup une priorité dans ma vie. Il fallait que j’essaye de la convaincre qu’elle n’avait pas à avoir honte, il fallait que je lui fasse comprendre qu’elle n’y était pour rien et qu’elle n’avait pas commis de faute. Le chemin fut difficile et long et souvent elle venait me parler encore et encore, de ses tourments.

 

Elle décida de revenir sur ses pas, la force, endormie en elle, venait de se réveiller. Elle ne pouvait pas le laisser finir ses jours sans qu’il sache qu’elle avait parlé et puis après tout, qu’on la croit, ou pas, peu importait, ce qui comptait, finalement, c’était de se délester de ce gros secret qui avait détruit une partie de sa vie. La peur tout à coup venait de s’envoler, elle venait de décider de ne pas faire don de sa vie à cet homme.

 

Depuis, elle a osé parler et elle a enfin rencontré un homme qui a su lui faire, non pas oublier, mais à mettre dans un coin de son esprit ce drame vécu d’une petite fille de 13 ans qui avait tellement confiance dans l’être humain pour ne pas avoir peur de partir un après -midi d’été se promener dans la forêt avec son parrain.

Le prédateur avait brisé bien des vies, sans jamais qu’aucune de ses victimes n’ait eu le courage de parler, jusqu’à ce jour de juin 1981. Je me souviendrais toujours du journal, ce matin-là, qui décrivait le calvaire de toutes ces jeunes femmes qui n’avaient pas osé dénoncer cet homme. Toutes celles qui se sentaient coupables, devenaient enfin des victimes reconnues par la société.

 

Dis l’oiseau, o dis, emmène-moi
Retournons au pays d’autrefois
Comme avant, dans mes rêves d’enfant,
Pour cueillir en tremblant
Des étoiles, des étoiles.

(Barbara)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6 Réponses à “Le prédateur”

  1. FANETTE dit :

    Bonjour ma Chipounette
    Parfois oser aide à suivre son chemin parfois non
    Parfois dire aide à subir parfois non
    Parfois il vaut mieux se taire à jamais, tout dépend de l’époque
    Un bien triste constat, je sais mais au moins une s’en est tirée apparemment et l’histoire se réitère encore et encore chez tellement de femmes
    belle journée à toi
    bisous

    Dernière publication sur FANETTE : lll

  2. binicaise dit :

    Un crime odieux combien d’enfants definitivement brisés par cette lacheté d’adultes cette horreur quelquefois d’un père qui commet l’irréparable sur son propre enfant.
    Tu as bien fait de dire qu’il ne faut jamais que l’enfant se croit responsable c’est toujours l’adulte. Bonne journée Héléne bisous Jacqueline

    Dernière publication sur Binicaise : Blog en pause pour une durée indéterminée.

  3. Ismeralda dit :

    Merci à Jacqueline de t´avoir inspiré cet article très important pour les Femmes mais aussi pour les hommes, qui devraient peser leurs actes quand ils assouvissent leurs instincts sans considération aucune pour leur victime… si l´espace d´un instant, ils retournaient les rôles et se voyaient violer par un plus fort qu´eux: peut être là, ils prendraient conscience des conséquences de leur acte: une minute de plaisir contre une vie gachée, cela en vaut-il la peine?

    Merci Hélène pour ce beau récit. La morale de cette histoire se trouve dans le pardon, le pardon de soi, dans le vécu pour s´autoriser à une Vie nouvelle et certainement ardemment souhaitée dans le fonds de son coeur!
    Bonne journée, bisous Ismeralda
    PS: merci pour tes gentils voeux de bon anniversaire

  4. arnoux dit :

    Merci Ma belle,
    A t on le choix de pardonner!
    je l’ ai fais moi aussi à travers mes passiosns qui m’ ont donner l’ élan nécessaire pour partir vers d’ autres horizons!
    si j’ y pense encore oui
    la vie est moins évidente en amour lorsque l’ on a vécu l’ horreur encore faut il que l’ on nous croit
    pot de fer contre pot de terre lorsqu’ il s’ agit d’ un monstre politique!
    il m’ a fallu parcourir un long chemin au cours duquel j’ ai pu pardonner
    digérer non pas encore ……la prescription a donné une envie de vomir lorsque j’ ai pris conscience que ma vie ne serait plus comme avant
    merci de cette leçon
    je défends chaque passe qui passent dans ma vie de prés ou de loin
    si les cris que j’ entends me font faire le 17 de temps a autre pour une femme au dessus de chez moi c’ est aussi pour dire bon sang
    agissez ne laissez pas taire ces cris de douleurs
    belle journée ma douce amie!
    tu as toujours des tas de mots des tas d’ articles qui relatent notre vie
    de femme de fille d’ ado
    là c’ est pire que tout à 13 ans
    c’ est sans parole
    si nous savions tout ce qui peux se passer parfois a côté de nous nous serions en larmes chaque jours!
    gros bisous sucrés!
    a demain en attendant que je refasse ma liste de liens sur mon blog

    j’ ai des rdv cet ap midi
    justement pour encore parler de temps en temps à un professionnel de ces moments
    de révolte qui refont surface entre les coups et le viol entre un licenciement injustifié
    et un moral a toute épreuve pour oser dire!
    les bleus a l’ âme sont là ne jamais dire svp que les blessures physiques sont moins lourdes
    j’ en porte encore les marques! et fera tout mon possible pour voir disparaitre les cicatrices le mois prochain j’aurais encore du courage pour affronter un chirurgien

  5. eultreia1 dit :

    Chère Hélène,

    Aucun commentaire n’est possible après avoir lu le drame que tu décris avec tant de délicatesse et de justesse.
    Simplement, on peut se demander pourquoi, des parents, l’entourage, des policiers, des juges sont absents pour ces enfants qui sont dans une situation de culpabilité et souffrance indicibles qui les condamnent au silence. Il faut ouvrir les yeux, envisager tous les risques et être d’une extrême vigilance pour les enfants. Des pleurs, un silence qui s’installe, une tristesse, une fuite des lieux de loisirs, de l’école, une insomnie, doivent être pris très au sérieux. C’est l’aspect préventif. Après quand le mal est fait, il ne reste qu’une tendresse et une bonté extrême comme celle d’Hélène, pour pouvoir envisager une autre vie.
    Bisous.
    Claude.

    Ne jamais oublier que c’est souvent dans la famille proche de l’enfant, que ces crimes sont possibles, du fait de la fréquence des relations familiales et d’une intimité naturelle.

  6. babeth dit :

    bonjour, ce qui me surprend toujours c’est d’entendre que ceux qui se sentent le plus coupable sont les victimes!!!
    merci de relater ce fait avec toute ta sensibilité
    merci d’être la parole pour tous ces anonymes qui n’osent pas
    grosses bises
    babeth

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