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Lui

Posté par canelle49 le 5 août 2011

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Vouloir au-delà de l’impossible, ne serait-ce pas se donner les moyens tout bonnement de vivre ? 

Il voulait si fort tout ce qui est normal de vouloir lorsque nous avons 16 ans. L’avenir est toujours prometteur à cet âge et que de projets fleurissaient en nous. Lui se battait bien plus que nous, lui il n’avait pas le temps de réaliser ses rêves, son temps était compté.

Il faisait un temps à ne pas mettre un chien dehors et cette pluie battante ne nous empêcha pas de sortir pour aller lui faire une surprise. C’est trempé que nous sommes arrivés dans cet hôpital qui trônait au- dessus de la ville. Dès l’entrée, cette odeur si particulière à tous les hôpitaux me titilla les narines, je détestais cette odeur, elle avait pour moi, l’odeur de la mort.

La petite lumière rouge au-dessus de la porte nous indiquait qu’il avait des soins et c’est patiemment que nous avons attendu le moment de pouvoir lui apporter des nouvelles de la bande et de lui offrir son péché mignon, ce qu’on appelle de nos jours des têtes de choco, l’appellation de notre époque étant interdite je n’ai pas osé l’écrire, c’est tout moi cela, si je ne faisais que ce qui est permis dans la vie, je ne ferai certainement pas grand-chose, mais il y a des petites choses comme celle-ci que j’évite de faire et ce n’est pas parce que c’est interdit de dire tête de N….. non, mais c’est par respect pour les personnes que cela, pourraient offenser.

La porte venait de s’ouvrir, l’infirmière nous fit signe que nous pouvions entrer. La première chose que l’on voyait chez lui, c’était son sourire qui lui mangeait tout le visage et ce bonheur qu’il avait de nous voir faisait que son sourire était éclatant. Il allait avoir 18 ans, c’était le plus âgé de notre bande, tout en mangeant sa tête de choco, il nous racontait des blagues, nous étions comme toujours mort de rire, mais il ne savait toujours pas manger ces têtes et s’en mettait partout sur le visage, alors il déclamait une tirade de Cyrano de Bergerac et c’était toujours de grands éclats de rires.

Le lendemain le soleil brillait, en me levant je pensais à lui et à ce qu’il nous avait annoncé la veille, le traitement n’avait pas fonctionné, il fallait tout reprendre et repartir de plus belle, son regard remplis de larmes retenues, démontrait bien que ces paroles à notre encontre n’était là que pour nous persuader qu’il y avait encore de l’espoir, j’avais eu le coeur au bord des larmes, je ne pouvais pas pleurer devant lui, je suis donc sortie de la chambre afin de me calmer.

Le monde de l’injustice venait de me frapper pour la première fois et à 16 ans on a du mal à comprendre. A 16 ans on est rebelle et cette rébellion de l’injustice avait un sentiment de colère contre Dieu. Je n’avais pas le droit de ne pas y croire, il y croyait bien lui et avec tellement de force et de conviction, alors, avais-je le droit de douter ? Non, je devais être aussi forte que lui et avancer dans son assurance de la guérison, je devais arrêter cette maudite petite voix intérieure qui me disait, il sait, lui, je l’ai lu dans ses yeux, la maladie a fait son oeuvre et plus rien ne viendra empêcher son départ. Cette petite voix qui a si souvent régner dans mon esprit et j’avais beau me boucher les oreilles pour ne pas l’entendre, elle était toujours présente lorsque j’avais des doutes.

La période des vacances touchaient à sa fin et nous avions décidé ce jour-là d’aller au lac, en remontant nous irions lui faire un petit coucou, c’est devant l’entrée de ma maison que nous avions l’habitude de nous retrouver et c’est le coeur mi-figue mi-raisin que je fis claquer un gros bisou sur la joue de maman, je descendis comme toujours les escaliers quatre à quatre, ce qui faisait souvent enragé la voisine qui se plaignait du bruit que je faisais. Je ressentis un malaise en voyant mes amis stopper net leur conversation en me voyant et lorsque je vis les yeux rougit de ma meilleure amie, j’ai su, avant même que Gérard ne m’annonce la nouvelle avec précaution, cette nuit, notre ami avait rejoint le ciel. Je n’avais pas envie d’entendre ça, mais tout comme la petite voix, on n’a pas le choix, il y a dans la vie des mots que l’on ne voudrait jamais entendre.

Nous étions devant la morgue, j’ai hésité longtemps, en moi il y avait une fois de plus contradiction, le voir une dernière fois où garder son souvenir intacte de sa joie de vivre. Comme souvent je me sermonnais intérieurement et je me traitais de lâche, je devais lui faire un dernier adieu et lui dire combien je l’aimais et qu’on se retrouverait un jour dans ce merveilleux pays qui est amour, alors je pris la main de mon amie et entrait dans ce monde que je connaissais déjà pour y avoir dit adieu à mon grand-père. C’est quand on est confronté à ce monde que l’on sait que la vie est précieuse. Je n’ai jamais compris comment on pouvait retenir ses larmes et les empêcher de déborder, je ne sais pas faire, je n’ai jamais su faire.

Il était tellement jeune et dans ce linceul blanc on aurait dit un enfant, il avait pourtant 18 ans demain, c’était déjà un homme qui ne serait jamais vieux, je pensais bêtement, tu as de la chance finalement, tu vas entrer dans ce nouveau monde très jeune et tu seras toujours ados. Il fallait que je pense, que je pense vite à des bêtises de ce genre pour ne pas éclater un sanglot devant tout le monde, mais c’était peine perdue et je crois que pour la première fois de ma vie j’ai laissé sans honte couler mes larmes. Je n’avais plus personne, autour de moi, il y avait, lui et moi, la vitre qui me séparait de lui ne pouvait pas m’empêcher de lui parler, de lui murmurer cet, au revoir, je n’ai jamais pu lui dire adieu, je sais qu’un jour il sera là pour m’accueillir dans son monde avec une blague dont il a le secret.

Il savait qu’il avait perdu le combat, il savait que son adversaire était plus fort que lui, il savait, je l’avais lu dans son regard ce jour où nous l’avons vu pour la dernière fois, il voulait nous protéger, une fois encore il pensait à nous, le grand comme on l’appelait, si souvent il nous remettait dans le droit chemin lorsque nous faisions des bêtises, si souvent il avait joué le rôle du grand-frère pour nous tous. Pour toi, grand-frère, j’ai souvent fait en sorte d’entendre encore ta voix et tes conseils et tes conseils m’ont été bien précieux.

Jamais je ne t’oublierai, tu es là, comme hier, là, devant moi et lorsque je pense à toi, tu me parles et tu me fais encore cadeau de ta sagesse.

Je t’aime……………………..

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