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Le silence

Posté par canelle49 le 8 juillet 2010

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Maudit voilà ce qu’il était, maudit, pourtant il n’avait pas fait de mal, il n’avait pas été plus méchant que la plupart des gens de ce monde, mais voilà son destin avait été digne d’un roman de Victore Hugo, il errait dans ce monde en ayant tous les malheurs qui s’abattaient sur lui.

Il avait dû souvent se demander pourquoi il était né, il n’avait pas eu d’amour, ses parents l’avaient bien vite rejeté, il grandi sans amour, sans être arrosé par les pleurs, puisque ses yeux n’avaient pas de larmes, comment aurait-il pu pleurer, lui qui ne savait pas la tristesse, on ne lui avait pas appris l’amour si bien qu’il n’avait même pas le chagrin de ne pas être aimé, lui qui était sur cette terre que parce qu’il avait été conçu par un homme et une femme, sans plus.

Il était si vieux maintenant et n’attendait plus rien de la vie, ce pauvre vieux comme l’appelait le personnel de ce home, celui qui ne parlait jamais et qui avait le regard vide, celui qui ne disait jamais un mot, était-il muet depuis toujours? Non certainement pas, mais à force de prendre les coups du destin il s’était refermé comme une huître, il fallait bien qu’il se protège de tous ces gens méchants et cruels, alors il décida de ne plus prendre la parole.

Comme je prenais souvent le chemin du home pour y voir ma maman je le voyais en passant, assis sur son fauteuil, le regard vide, il ne voyait pas les gens, puis un jour, je me risquais à demander à une infirmière si quelqu’un venait le voir, non me dit-elle, il n’a pas d’enfant et n’a plus, de famille, il ne parle pas, depuis qu’il est ici il n’a jamais ouvert la bouche, il fait oui ou non de la tête sans plus. J’avais de la peine pour ce vieille homme.

Un jour, une idée saugrenue me vint à l’esprit et ma maman qui était en ce temps-là encore capable de tenir une conversation, elle qui aimait bien parler au contraire de ce vieux, elle qui était plutôt du genre bavarde et qui avant d’être atteinte gravement dans sa santé aimait le contact avec les gens, depuis qu’elle était dans ce monde, elle ne voulait plus sortir de sa chambre avec son fauteuil, je me mis à rêver de la voir enfin reprendre en peu le goût à la vie en côtoyant en peu les autres personnes du home, ma mère, il faut dire, était têtue et n’avait pas la langue dans sa poche, elle faisait souvent le désespoir des infirmières qui s’occupaient d’elles, ne voulant absolument pas aller manger à la cafétéria, mais rester seule dans sa chambre, alors ce jour-là, dès mon arrivée, j’en profitais que le temps était maussade pour lui dire que ne pouvant pas aller à l’extérieur nous pourrions aller dans la salle de repos, pour ne pas, une fois de plus, rester dans sa chambre, à mon grand étonnement, elle accepta. Bien sûr je m’étais assurée avant d’aller la voir qu’il était bien là, comme toujours à cette heure. J’avais ma petite idée en tête!

J’entrais en poussant le fauteuil de ma mère et repérait une place à côté du vieux, je glissais son fauteuil près de celui du vieux, en lui souriant, je le regardais et lui demandais si cela dérangeait que je place le fauteuil de ma mère à côté du sien afin qu’elle profite de la vue sur l’extérieur, il releva la tête,  me regarda et pour la première fois je vis son regard brillé et il répondit « non cela ne me dérange pas » mon coeur battait à tout rompre, je venais de l’entendre parler. Je venais de comprendre que  ce n’était pas lui qui ne parlait pas, mais les autres qui ne lui parlait pas. C’était ce monde qui ne le voyait pas, c’était le drame de bien des vieux dans ces homes, on ne prenait pas le temps de leur parler et de leur donner en peu de tendresse.

A partir de ce jour, ma mère  pris  l’habitude de demander au personnel de l’emmener dans la salle, elle et le vieux se parlait du bon vieux temps et c’est là que j’ai su la triste vie de cet homme, il était enfin heureux, qu’il dit un jour à ma mère, heureux de la voir chaque jour, je les ai même vu rire comme de bons vieux amis qui se racontaient des blagues. Son regard n’était plus le même, il y avait de la vie dans ce regard, j’ai passé des heures à les écouter tous les deux parler de leur passé, de leurs souvenirs encore si présent dans leur mémoire.

Il était devenu bavard grâce à ma mère et ma mère grâce au vieux avait retrouvé le bonheur de sortir de sa chambre!

Ils sont partis depuis quelques années, lui, quelques semaines avant elle, ma mère repris la direction de sa chambre pour ne plus en sortir!

Le silence attend la parole, si la parole ne vient pas, le silence reste présent!

 

 

 

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